Du 20 mars au 1er mai, 2015

Maryse Arseneault
Kevin Barrington & Bruce Ryder
Hannah Black
Martha Cooley
Heid E. Erdrich & R. Vincent Moniz, Jr.
Matthew Hayes
Tom Konyves
Fernando Lazzari
Michel Félix Lemieux
Matt Mullins
Marc Neys (aka SWOON)
John D. Scott

Text(e) Image Beat

Text(e) Image Beat
Commentaire des commissaires
Valerie LeBlanc et Daniel H. Dugas, 8 février – 2015

La vidéo poésie est un courant qui attire de plus en plus l’attention du public et des artistes. Nous avons fait d’énormes progrès depuis l’époque où il fallait des installations couteuses et du personnel qualifié pour faire bouger des images avec du son. Nous vivons aussi dans une époque où le vocabulaire visuel et les signifiants sont connus par un plus vaste public. Ce n’est pas si surprenant quand on pense au fait que la première photo documentée a été prise il y a près de 200 ans  et que les techniques de mouvement des images développées au début du 20ième siècle ont donné le premier film avec son, The Jazz Singer, en 1927. Ces outils, plutôt utilisés à des fins documentaires, transforment constamment notre concept de l’art. Grâce aux « time-based media », les idées sont illustrées dans le processus de réflexion et des effets viscéraux sont implantés.

Les artistes présentent maintenant leurs textes visuellement, parfois en les performant. Plusieurs d’entre eux se sont aperçus qu’un message peut être transmis de façon efficace à l’aide de l’aspect multimodal de la vidéo poésie. Comme les publicités des campagnes de marketing, ces œuvres sont habituellement courtes, d’une durée inférieure à 5 minutes. Certains festivals demandent des œuvres d’une minute, la durée de certaines annonces publicitaires à la télévision. Les vidéos de ce programme ont été choisies pour leur contenu, ainsi que pour les techniques employées par les créateurs pour illustrer le sens et l’esthétique du contenu.

Aucun thème particulier n’était spécifié pour Text(e) / Image / Beat. En raison de la nécessité d’assembler les œuvres de façon à ce qu’elles se complètent sans empiéter l’une sur l’autre, nous sommes devenus conscients de la récurrence des éléments. Malgré que les vidéos proviennent de lieux distincts, l’idée de la recherche des miracles et des mystères de la vie est récurrente. Chaque œuvre est innovatrice et originale en plus d’avoir plusieurs sens, grâce à une vaste étendue de savoir-faire de la part des artistes. Slam, monologues, paroles douces, notes écrites à la main et remixes sont toutes des techniques utilisées.

Dans Pre-Occupied, il s’agit de texte sur images; références stéréotypes à plusieurs niveaux de la culture populaire et memes qui traitent des événements courants et passés, laissant couler les mots de Heid E. Erdrich.

Une série de spirales sont dessinées sur un cou dans la première scène de la  vidéo The Neck de Hannah Black. En portant attention aux limites des dessins de son enfance, Black suscite une discussion sur l’identité.

Dans Our Bodies, Matt Mullins remixe un sermon d’Oral Roberts, un télévangéliste, en coupant les scènes de trop, en répétant certains mots et phrases, en faisant un partage d’écrans et en accentuant certains gestes.

Dans Dog Sitting in Eastern Passage, Martha Cooley combine plusieurs techniques. Tandis que des notes écrites à la main illustrent ses pensées, des feuilles sont placées parmi une séquence de photos, créant un mouvement.

John D. Scott donne vie au poème d’Elizabeth Bishop de 1965, Sandpiper. Il interprète que Bishop s’anthropomorphise en l’oiseau. Les bécasseaux sont connus pour voleter sur les plages, et la vie de Bishop en tant qu’auteure de nouvelles et de poésie en était aussi une de recherches, d’observations et d’essais.

Tom Konyves, qui a inventé le terme « vidéo poésie » en 1978, est considéré comme l’un des pionniers du genre. Sa vidéo ow (n) ed est chargée de messages politiques sous forme de triptyque qu’il décrit comme étant une vision postmoderne de l’esclavage.

Reconnu pour ses remixes, ses collaborations et ses compositions atmosphériques, Marc Neys (aussi connu sous SWOON) a fourni le concept, le montage et la musique pour Five Miles (Simple Brushstrokes on a Naked Canvas). Howie Good s’est chargé du poème. Des extraits du documentaire sur les Forces armées des États-Unis de 1944, Target for Today, traitent d’un éventuel bombardement.

Brûle le bois vert de Michel Félix Lemieux nous fait voyager en train pendant la nuit. Un projecteur illumine le paysage par la fenêtre carrée. Lemieux décrit cet œuvre comme étant une réflexion poétique et embrouillée de l’exode.

I Love the internet est un monologue rapide de Kevin Barrington, un rédacteur et blogueur de Dublin. Avec la collaboration de l’artiste irlandais Bruce Ryder, animateur et illustrateur, le poème prend vie grâce aux couleurs psychédéliques et à un texte mat sur les images qui se déplacent rapidement.

Dans Retenir son souffle, Maryse Arsenault se sert du français et de l’anglais, de paroles et de chant, d’images et de sons provenant de son environnement, et de scènes d’un phénomène météo pour livrer ses textes. La voix, que l’on présume être celle de Maryse, demande de l’aide.

Montserrat succède à Retenir son souffle dans le programme. Ces deux vidéo poèmes sont très différents, mais ils explorent ce qui permet au monde de continuer lors de situations difficiles. Pour relater un extrait de Amanecer (Break of Day) de Jorge Luis Borges, Fernando Lazzari emploie la technique « font as character ».

La slameuse Sasha Patterson interprète son poème Tonight is for the Trees. La cinématographie et le montage sont faits par Matthew Hayes, et la musique par Lee Rosevere. Patterson sort de la pénombre le long d’une route bordée d’arbres. À priori illuminée uniquement par une lampe de poche, elle se trouve soudainement complètement éclairée et continue de s’adresser à son public en marchant vers la caméra. L’effet est simple et efficace.

Tandis que Pre-Occupied nous entoure de toutes choses matérielles et imaginées, Tonight is for the Trees vient conclure Image / Text(e) / Beat. Dans toute l’histoire du connu et de l’inconnu, du visible et de l’invisible, du dit et du non-dit, la vidéo poésie nous fait voir la magie des visions suggérées par les mots, les images et les sons. Le rythme de la vidéo poésie augmente les chances de faire passer un message. Nous espérons qu’une tradition de vidéo poésie saura s’établir à Moncton. Avec le nombre de poètes ici, cette possibilité semble viable, et peut-être même inévitable.